Brazil
Une nuit, dans un bar parisien, le producteur Arnon Michlan rencontre un ex-Monty Python, Terry Gilliam. Celui-ci rêve de mettre en scène une fable d'anticipation, un conte de fée cauchemardesque. L'alcool aidant, le cinéaste réussit à convaincre le producteur de financer ce film au script fantaisiste. Le nom du projet: Brazil. Brazil, du nom d'une célèbre chanson de bossa nova, Brazil symbole de l'exotisme, Brazil la ville à l'architecture totalement folle qui a impressionné le réalisateur américain lors d'un voyage. Universal accepte de co-produire le film. Commence alors un tournage épuisant avec un scénario maintes et maintes fois modifié. Devant le résultat final, choquée par la noirceur du propos, la major américaine prend peur et décide d'amputer le film de son génial final. Un bras de fer s'engage entre commerciaux et artistes. Terry Gilliam et Arnon Michlan décident de montrer leur version aux journalistes. Le film ainsi sauvé est acclamé par la presse américaine. Pour punir ces deux francs-tireurs, Universal distribue le film en catimini avec un nombre restreint de copies. Peu de gens voient donc l'œuvre en salle, mais la rumeur enfle vite: Brazil est un pur chef-d'œuvre, fou et culte.

Brazil est un film inclassable, unique, une vision pessimiste et loufoque de notre monde envahi par le totalitarisme bureaucratique. Terry Gilliam a bâti un univers à la fois réaliste et complètement absurde. Histoire romantique, délire kafkaïen, critique de la société surinformée et bureaucratisée; Brazil est l'œuvre d'un visionnaire. On est tous Sam Lowry, des minuscules grains de sable d'une machine implacable, des petits fonctionnaires sans ambition qui acceptons une vie terne et uniformisée. On ne peut échapper à la monotonie et au contrôle de sa vie par l'"Etat" que dans ses rêves. Des rêves d'envol, de chevalier et de princesse emprisonnée, de romance et d'actes héroïques. Du Fight Club avant l'heure. Chauffagiste recherché pour insubordination, Harry Tuttle devient Buttle par la faute d'un insecte récalcitrant et c'est l'engrenage. La Machine ne peut pas faire d'erreur. Buttle est donc arrêté, torturé. Envoyé pour rassurer la famille de la malheureuse victime, Sam Lowry rencontre la femme de ses rêves les plus fous. Pour l'amour de Jill Layton, il tente de s'affranchir, de se libérer de sa mère, de son "patron", de cette vie si morne. Chaque petit acte de liberté devient pour lui une révolution: accepter l'aide d'un "indépendant" pour réparer sa "chaudière", détruire le système de transmission de son travail, refuser la mutation que sa mère lui propose. Mais plus il devient libre, plus le système se ligue contre lui. A son tour, il sera traqué, arrêté puis soumis à la torture de celui qu'il croyait être son ami.

Le film est clairement scindé en deux parties: les rêves symboliques et prémonitoires de Sam Lowry et les brutaux retours à la réalité. Plus le film avance, plus les rêves du héros se confondent avec sa vie réelle: la même femme, la lutte héroïque contre un adversaire à la taille démesurée, le masque de l'ennemi. La force du film, outre l'incroyable virtuosité de la mise en scène et l'imagination débridée de Terry Gilliam, est la multiplicité des tons. Sublime, inquiétante et lucide réflexion sur notre société, Brazil est successivement hilarant et poignant, euphorisant et glaçant. Impossible d'oublier le doux visage de Kim Greist, la musique de Michael Kamen, une furieuse charge contre la chirurgie esthétique, les steaks verts, ms publicités masquant la nature, Robert de Niro en technicien-chauffagiste qui emmerde littéralement les employés du "central service", la paperasse qui "tue" un personnage, les employés de bureau qui regardent en douce des westerns, Michael Palin en "boucher" affectueux et l'immense Jonathan Pryce dans le rôle de Sam Lowry. Chaque vision est une expérience, permettant d'observer de nouveaux détails jusque-là ignorés. Un film inégalable et indémodable.



Source: http://archive.filmdeculte.com/...
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