Les Six Femmes d'Henry VIII
En 1509, Henri VIII avait dix-huit ans et était le deuxième Tudor à monter sur le trône. Il était à cette époque très beau, athlète et fort populaire. Cependant, en plus d'être rusé et intelligent, il s'est s'avéré très cruel et jaloux. De plus, il aura l'occasion au cours de son long règne de 38 ans de contracter six épouses, ce qui caractérisa ce roi. Comment et pourquoi ces femmes ont-elles accédé au titre de reine? Comment ont-elles marqué le règne du "lion d'Angleterre", et qui étaient-elles?


Catherine D'Aragon a d'abord été la femme du frère d'Henri, le prince Arthur. Puis, Henri VII, sur le point d'expirer, conseilla à son fils Henri d'épouser sa belle-soeur devenue veuve afin de préserver l'alliance espagnole. Henri y consentit volontairement, malgré le fait que Catherine était de cinq ans son aînée.
Toutefois, avant que les fiançailles puissent être tenu, on devait annuler le mariage précédent en s'assurant que ce mariage n'avait pas été consommé. Or, la virginité de Catherine étant mise en doute, sa mère, Isabelle de Castille, s'empressa d'obtenir une dispense pour régler cette affaire. Ainsi, les fiançailles eurent lieu en 1503. Cependant, le mariage tardait, car la dot de Catherine posait encore un problème.
Pendant ce temps, Catherine vivait dans l'humiliation et rêvait de reprendre sa place comme princesse royale d'Angleterre. Son père, Ferdinand D'Aragon, menaçait d'attaquer l'Angleterre si Henri tardait encore à épouser Catherine. Henri suivit alors le conseil de son père, et l'épousa sans tarder. Ce mariage forcé et stratégique eut finalement lieu, en 1509, en même temps que leur couronnement.
Les premières années de leur mariage furent heureuses. Physiquement, Catherine était petite, "mignonne et gracieuse, avec de beaux yeux". Munie d'une bonne dose de fierté et de dignité, elle était également bien éduquée. En plus, étant donné le jeune âge d'Henri, celui-ci en tomba probablement amoureux. Néanmoins, des différences importantes les séparaient. Catherine étant espagnole, elle avait été élevé en dévote. Elle se levait aux quatre heures pendant la nuit afin de s'agenouiller en prières. Henri, quant à lui, occupait ses loisirs à chasser, à discuter de médecine, de musique et d'armoiries. Cependant, elle était pleine d'attention pour le roi et lui était totalement dévouée. Lorsque la menace d'un divorce se concrétisa, elle fit preuve d'un courage exemplaire afin de préserver son honneur et les droits de sa fille.
En effet, la cause du divorce fut relié au fait qu'après vingt années de vie commune et de nombreuse grossesses, Catherine n'avait réussi qu'à sauvegarder un seul enfant, une fille qu'ils appelèrent Marie. Le roi constata que la reine ne pouvait plus enfanter, et son désir d'avoir un héritier mâle pour perpétuer la fraîche dynastie des Tudor se fit impérieux.
Il se mit donc à chercher un moyen de se débarrasser de sa vieille reine. Mais Catherine n'était pas n'importe qui: fille d'Isabelle de Castille et de Ferdinand D'Aragon, elle était également la tante de Charles Quint, ce qui rendait la tâche des plus délicate. De plus, le pape Clément VII était devenu une marionnette dans les mains de Charles Quint, qui refusait qu'on rejette sa tante ainsi. Le divorce prit alors des proportions inestimables.
Henri invoqua l'inceste pour cause de divorce: Il avait couché avec la femme de son frère. Toutefois cet argument n'était pas valable, car une bulle papale avait été obtenue pour autoriser le mariage. Devant l'impossibilité d'un divorce et les pressions de sa maîtresse, Henri décida de procéder à un mariage secret, sans demander la permission du pape, provoquant ainsi le schisme.

Mais qui était cette maîtresse si exigeante? Nul autre qu'Anne Boleyn. En effet, le roi s'était amouraché de cette jeune femme qui pensait-il pourrait enfin lui donner un héritier mâle. Anne Boleyn était une femme déterminée et futée, et ne voulait aucunement se contenter d'un rôle de second ordre. Elle avait été élevée à la cour de France et bien éduquée dans les moeurs françaises. Elle avait ensorcelé le roi avec ses yeux en amende et sa coquetterie, et l'avait talonné de crise de jalousie, plaçant le roi dans une position insoutenable.
Pourtant, elle n'était qu'une simple fille de gentilhomme, et était loin de scintiller comme Bessie Blount, une ancienne maîtresse du roi qui lui avait donné un fils malheureusement illégitime. Malgré le fait qu'elle possédait une voix chaude et enchanteresse, elle avait le corps et la poitrine menus, une verrue dans le cou, et paraîtrait-il, un sixième doigt. Comment le roi pût-il en tomber amoureux? Et surtout, pourquoi allait-il mettre en péril son allégeance à la religion catholique, sa couronne, ainsi que son alliance espagnole? Tout simplement parce que cette femme osait lui tenir tête en se refusant obstinément à lui, et que le besoin d'un héritier mâle se faisait pressant.
Malheureusement, Anne Boleyn le déçut amèrement. Elle le taxa de crise de jalousie dont le roi n'était pas habitué, puis, tout comme Catherine, enfanta d'une fille, puis d'un fils mort-né. Le roi crut qu'il était victime de sorcellerie, et chercha un moyen de se débarrasser de cette porteuse de malheurs.

Pendant ce temps, Catherine D'Aragon avait été relégué aux manoirs d'Ampthill et de Kimbolton, où elle y menait une existence modeste. En 1536, elle expira, et Henri donna un bal pour célébrer cette occasion. Anne fêta ce moment, mais réalisa que son tour viendrait inévitablement. D'ailleurs le roi ne tarda guère à trouver la solution à ce problème. Il l'accusa d'inceste et d'adultère, lui fit un bref procès, et son oncle, le Duc de Norfolk, la déclara coupable. Elle fut décapitée par un bourreau spécialement venu de France pour lui trancher le cou avec une épée. Elle fit preuve d'un courage inégalé, qui témoignait de la préparation morale à cette époque devant la mort.

Une semaine plus tard, Henri prenait Jeanne Seymour comme épouse. Le roi avait bien préparé son coup, car depuis plus de six mois, Jeanne avait été assuré des intentions du roi. Cette jeune demoiselle d'honneur de la maison d'Anne Boleyn était modeste et de sang royal. Elle avait pour mission de calmer les esprits du roi qui était fatigué des intrigues d'Anne, et bien sûr de lui donner un fils. En fait, c'est elle qui lui donna la sérénité d'une vie de couple paisible, bien que son règne fût plutôt court.
On la disait "belle, de taille moyenne, le visage plutôt pâle" et un peu gauche. Il faut dire que le roi se sentait attendrit devant cette jeune femme de vingt-cinq ans apeurée -on peut facilement la comprendre car le roi avait pris 42 centimètres de tour de taille en 5 ans- et qui rougissait au moindre compliment. Tout de même, Jeanne avait plus de personnalité qu'on aurait pu le penser, et elle était digne. Elle servit de pacificatrice entre Henri et sa fille catholique Marie.
Elle prit pour devise "Tenue d'obéir et de servir", et c'est d'ailleurs ce qu'elle fit, car en 1537, elle mit au monde le fils tant espéré qu'on appela Edouard VI. Malheureusement, elle dû le payer de sa vie, puisque douze jours plus tard elle succomba d'une fièvre puerpérale que la médecine du 16è siècle ne pouvait pas guérir. Henri fit construire un monastère bénédictin en son honneur, et il la fit enterrer à la chapelle St-Georges de Windsor, où il la rejoignait dix ans plus tard.

Henri ne tarda guère, malgré son chagrin, à trouver une autre épouse. Cette fois-ci, son choix fut avant tout pour des raisons politiques et de succession, car son fils était de nature fragile. Son choix s'arrêta sur Anne de Clèves, qu'il épousa en janvier 1540. En effet, Henri cherchait pendant cette période pacificatrice à s'allier aux États protestants. Lorsque son conseiller Cromwell fut revenu de sa visite chez cette dernière, et qu'il avait assuré le roi de sa grande beauté, Henri se senti à nouveau amoureux.
Malgré le fait que ce mariage fut a priori politique, Henri avait des exigences physiques auxquelles sa nouvelle épouse ne correspondait pas. Holbein en avait fait un portrait élogieux qui était sûrement irréaliste, car lorsque le roi vit sa future épouse, il la qualifia de "laide". En effet, cette princesse allemande avait le visage couperosé, était grande et maigre. De plus, elle portait d'horribles toilettes germaniques, ne savait pas jouer aux cartes, ne parlait que l'allemand, et ne savait pas apprécier la musique. Le roi la surnomma "la jument des Flandres", ce qui ne devait guère la flatter.
Le roi s'ennuyant mortellement à ses côtés, il chercha à nouveau un moyen de se débarrasser de cette femme indésirable. Il l'envoya séjourner seule quelques semaines à Richmond, prétextant une épidémie, puis lui fit parvenir une lettre qui lui expliquait ses intentions de rupture. Afin de ne point blesser cette famille princière, il fit tout simplement d'Anne la "soeur du roi", lui donna Richmond, une dot importante, et le tour était joué. Leur mariage n'aura duré que six malheureux mois.

Cette fois-ci, le roi ne tarda pas une minute à reprendre une femme. En juillet 1540, il prenait pour épouse Catherine Howard, nièce du duc de Norfolk, tout comme Anne Boleyn. La jeune femme était tout le contraste d'Anne de Clèves. "Orpheline de père et de mère", elle fut élevée par la duchesse douairière de Norfolk. Elle n'avait que dix-huit ans, était candide et fraîche, ce qui plaisait évidemment au roi vieillissant. On la qualifia de femme-enfant, et le roi qui se plaisait à donner des diminutifs à ses proches la surnommait "Catrin" ou sa "rose sans épine".
Catherine était toutefois écervelée, insouciante, et de moeurs un peu trop légères. Cachée sous des allures vives, elle était presque illettrée. Le mariage fut de courte durée, puisque cette jeune femme de peu de vertu continua ses aventures adultérines, et le roi ne tarda pas à connaître toute la vérité sur elle. En fait, on demanda à "Catrin" de dire la vérité sur ses moeurs de catin en lui faisant miroiter la clémence du roi, ce qui fonctionna. Après ces aveux, le roi bouillant de rage de s'être fait duper encore une fois, ordonna qu'on la décapite. Sa tête tomba en février 1542.

L'année suivante, le roi pensa à trouver une nouvelle épouse qui pourrait prendre soin de lui, lui tenir compagnie, et qui saurait "créer un foyer pour sa famille". Son choix s'arrêta sur Catherine Parr, veuve pour la deuxième fois, et qui était maintenant âgée de trente-trois ans. Cette femme exauça ces désirs, et Henri fut heureux en sa compagnie jusqu'à sa mort en 1547.
On la décrivait comme une femme "sans grand charme", de taille courte et épaisse, mais très cultivée, intelligente et passionnée de théologie. Elle provenait d'une famille de la noblesse qui était très discrète et modeste, c'est pourquoi elle fut si étonnée du choix du roi. Après la mort de son dernier mari, Thomas Seymour prévoyait la marier, mais le roi, à qui on ne peut rien refuser, retarda le projet. A leur mariage en 1543, elle avait juré d'"être bonne, obéissante au lit et à la table, jusqu'à la mort". Elle combla les désirs du roi en étant une belle-mère attentionnée, et en prenant soin de son mari malade. Après la mort du roi, elle convola en juste noce avec Thomas Seymour, mais elle "mourra en couches l'année suivante".

En conclusion, on constate que si Henri VIII à contracter six épouses pendant son règne, c'est que les circonstances le poussaient à agir de la sorte. Il avait désespérément besoin d'un fils (croyait-il) pour assurer la pérennité de la dynastie Tudor. Certaines de ses épouses telles Jeanne Seymour et Catherine Parr, l'avaient compris et ont été honoré d'avoir accompli leur vocation. Certaines ont failli à la tâche, telles Catherine D'Aragon et Anne Boleyn. Tandis qu'Anne de Clèves ne se révéla point à la hauteur, et que Catherine Howard paya de sa vie son innocence.
Bien entendu, ces femmes provenaient toutes de milieux fort différents, et les circonstances qui les ont portées au trône diffèrent toutes. Certaines ont toutefois marqué davantage le règne d'Henri VIII; telle Anne Boleyn, à qui l'ont doit une Angleterre protestante et Elisabeth 1ère, Catherine D'Aragon, qui mit au monde Marie La Sanglante, puis Jeanne Seymour, qui enfanta d'Edouard VI. En terminant, on peut se demander qui, à cette époque, marqua davantage l'histoire: Henri ou ces femmes?

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