Historicité de l'humanisme
Depuis la révolution, après s'être cherchée, l’humanisation (qui se référait donc à l'universel) a enfin découvert que sa poursuite s'effectuerait par la personnalisation ; c'est ce que l'on nomme les Années Soixante, dont tout le monde se demande en quoi elles consistaient mais puisqu'affectant la totalité de l’humanisation, aucune définition limitée n'était adéquate. Il s'agissait d'un phénomène total. Et qui inventa, de lui-même, sa propre mise en forme culturelle ; la norme n'était plus l'universel (et éventuellement la révolution) mais l’individualité, son moi, ses œuvres, ses images, ses angoisses, ses désirs, et tout ce qui s'ensuit.

Personne ne songerait sérieusement à revenir en arrière. Cela qui équivaudrait à se priver de sa propre vie, au sens où nous l'entendons désormais, et peut-être plus pour très longtemps. Le sens de l'humanisation était de tout temps d’aboutir à une personnalisation, serait-elle excessive et folle, douloureuse ou idéalisée ; à quoi bon un monde humanisé si ça n'est pas pour s'y ébattre joyeusement et « être soi-même » ?

Évidemment tout ce mouvement anthropologique est fondé sur le principe qu'il existe une nature humaine (ce qui est vrai) et qu'il existe une individualité (ce qui est exact tout autant) ; sauf qu'ils ne sont pas consistants ; ils n'existent que pris dans le mouvement de structure bien plus vaste ; il existe un corps pour chacun, un vécu et relationnel, un monde et l'horizon dans et par un champ intentionnel, qui signifie. Et si on manque la tension structurelle (celle qui tend l'intentionnalité), alors il arrive une espèce de catastrophe interne à celle-ci, qui, puisque l'intentionnel crée tout le champ, déboule et déroute, au sens de routeur, l’ensemble de toutes les intentionnalités, pas seulement une ou deux mais toutes. On aime à dire que ça part vers le bas … Ou que ça cause dépression et angoisse (le manque du manque, on ne « désire » même plus, on ne sait plus intentionnaliser quoi que ce soit).

Ce que montrent tous les épisodes ou les images de noirceur sans fond ; parce que le « fond », la finalité est « au-devant » et « en haut » et pas dans la résolution d'un passé du moi-même psychodramatique et « en bas » .

Ce qu'il y a en-bas c'est la disparition, la dissolution, l’effondrement indéfini (puisque le néant ne peut pas nier l'être, c'est juste que l'être n'en finit pas de terminer). Si on supprime la tension de l'intentionnel, si le moi croit qu'il existe substantiellement, selon une identité définie, une nature humaine ou une destinée individuelle exclusive, il cherche sans relâche une « vérité », laquelle n'est pas en-bas mais en-haut et donc « pas encore là ». Mais si il se délimite dans le monde, le vécu ou le corps, il restera immanquablement éberlué.

Et si elle est au-devant, alors elle n'est pas du monde mais du réel, lequel n'est pas une encore-plus-grande réalisation selon le monde (qui de toute façon retomberait tôt ou tard) mais une réal-isation de la forme de conscience.

Soit donc la régulation ou l'ouverture de cela même qui autorise qu'il y ait un monde, un vécu, un corps. On a voulu court-circuité la structure, et croire que ça se résoudrait dans le monde, parce que cette manière n'impliquait pas que l'on réfléchisse... que l'on soit non plus les images mais le miroir et qui est incomparablement plus difficile ; surtout en cela que l'on ne saisit pas le miroir, on en est saisi ; on retrouve donc « l'humilité » ou le décentrement ou l'abandon face à plus-grand-que-soi, par quoi, seulement, l'on est sauvé ou illuminé ou entrant dans la compréhension ; c'est une faute d'orgueil donc, de vanité, de limitation éthique du moi.

Tout ces explorations que l'humanisation puis la personnalisation se sont empressées de renier ; puisqu’il s’agissait d'obtenir ici dans le monde leurs réalisations, leurs concrétisations ; mais c'est non pas au sens de la matérialité (comme si la « matière » possédait quelque sens que ce soit pour nous, pour un arc de conscience ; tout apparaît sur la scène de l'intentionnel), mais au sens de matérialisation de nos intentions …

Comment a-t-on pu croire que l'intentionnel structurel pouvait en quelque manière s'inscrire dans le monde et le donné ? Il fallait les deux idéologies universelles et humanisantes, libéralisme et communisme, puis la sorte d'immense galaxie de l'individualité triomphante, une fois que les deux précédentes se furent rassises, pour nous convaincre de la pseudo véritable réalisation dans le monde et le vécu. Non que tout cela fut inutile, mais bien que toute cette prolixité devait se mesurer elle-même... et non pas se laisser-aller au n'importe quoi. Ce qui revient à dire ; à ne pas croire tout ce qu'elle voyait, désirait.

C'eut été le minimum.

La pensée grecque, le christique, Descartes ou Robespierre n'entendaient pas qu'il faille s’abandonner à n'importe quoi. C'est né de et par le milieu du dernier siècle (mais le 19éme et ses empires avortés et son impérialisme extérieur et intérieur n'est pas en reste). Ça n'avait qu'un fondement naturaliste, rationaliste, réaliste, selon le principe que le donné expliquant seul le donné, alors il devint naturel de désirer et décider à peu près ce qui nous passer par la tête et que « forcément », étant selon la réalité donnée, c'était légitime et assuré. Ce qui est faux, parce que l'être humain se signale quand même de ceci qu'il désire toujours hors, en dehors du monde, mais aussi hors du vécu et aussi hors du corps … c'est de la grande drama, du cinéma, de la fiction, cette histoire, une hystérie, une épilepsie.

Si l’on ne découvre pas un point d'attirance qui aimante l'arc de conscience hors de la satisfaction (supposée, hypothétique, hypnotique, imaginaire, idéalisée ; elle est hypnotique parce que si le corps ne comprend pas l'arc, l'arc ne comprend pas la satisfaction du corps) du corps, on continuera de désirer (pour prendre cette typologie généralisée et idéologiquement généralisée) de désirer tout et n'importe quoi et n'importe comment ; sans jamais acquérir l'objet de désir (purement fantasmé) et jamais sans réelle satisfaction (ce qui jouit tombe dans la dispersion du corps, du donné, du vécu, du monde, y compris la gloire ou le pouvoir ou la domination, qui sont tout à fait secondaires et sans apport réel ; qui ne se propagent pas comme la liberté et ne se partage pas comme la vérité).

On a cru que dans la matérialisation de nos intentions, on s'y retrouverait. Rien du tout. Et la noirceur a tout envahi. Puisque l'on sait bien que ça ne correspond pas ne correspondra jamais. Il y a une non-correspondance structurelle. Puisque la structure est antérieure au monde et ne peut pas trouver dans le monde sa résonance ; son retentissement oui, au sens qu'une fois acquise la forme de structure elle aura des effets (notamment faciliter la vie aux humains), mais surtout pas lorsque ces effets seront pris pour la réalité et la seule réalité … c'est s'y enfermer à jamais. C'est se re-tourner vers la forme de structure, antérieure, et réfléchie (du miroir même) qui compte, non les images prolixes et mondaines qu'elle suscite ou rend possible. Aussi les Œuvres (esthétiques, éthiques, politiques, ou philosophiques ou idéelles) sont celles qui non seulement se donnent comme Images, mais également qui contiennent le Miroir et appellent en chacun qu'il devienne un Miroir, ce qui est considérablement plus difficile (que le simple fantasme).

Parce que se re-tourner, c'est en quelque manière abandonner de croire que dans le monde, le vécu ou le corps il y a quelque Réel ; le Réel n'y est pas (de là que par ex entre le christique et le monde, il faut choisir, ou que le sujet philosophique soit si exigeant éthiquement ou que l'on ne improvise pas vraiment poète).

Et remonter dans la structure c'est reprendre les explorations déployées au travers de l'historicité ; soit donc, pour nous (en tout cas, sans préjuger des civilisations que l'on connaît peu), revoir à nouveau dieu, l'universel, le sujet et le réel. Respectivement l'Intention, l'extension des intentionnalités (les idées), l'implication de l'intention en chacun (le christique), la position de chacun sur un seul plan donné « là » (le sujet, l'infini et l'étendue cartésienne).



Rappelons que l'Intention, (dieu) permet de réunir tous en une seule nation (le judaïsme, en lequel chacun est convoqué en tant que lui-même, et on ne peut pas se dire libre sans libérer tous les autres, en l’occurrence toutes les autres nations ; c'est, dit autrement, que dieu, monothéiste, n'est assigné à aucune immédiateté, il n'est pas Ra le soleil ou ni même Zeus, un « homme mais immortel », quoi que l'on saisit de fait que la mythologie grecque est en elle-même « humaniste » et les dieux affectés des passions humaines ; le dieu unique est sans représentation puisque pure Intention qui appelle à soi l'intention de chacun ; le Un tout-autre, antérieur à toute détermination et qui suscite en une détermination spécifique, l'humain, qu'elle soit également une intention).

Que si cette intention plutôt que d'élever hors du monde (créé de A à Z) s'inscrit en chacun dans un phénomène de reconnaissance (le regard christique crée votre âme, pour ainsi dire, dans la conversion, et qui s'active dans l'actualité de votre soudaine reconnaissance, un se-savoir qui n'est pas une connaissance, grecque, plus grande qu'une connaissance) alors vous devenez pour vous-même un sujet, un réel effectivement doté d'une représentation qui se signifie, cad d'une intentionnalité, et capable de produire une ou des stratégies (qui échappe à telle ou telle mise en forme culturelle ou telle société ou tel groupe d’intérêts qui divisent l'humanité de chacun ; ni esclave ni libre, ni homme, ni femme, etc).

Individualisation qui se doublera d'une ré-inscription ; non seulement un regard vous crée comme personne mais cette personne que vous êtes soudainement se-sait ; Descartes rend pensable (fait entrer dans la manifestation, dans la représentation, dans l'acculturation généralisée) que vous puissiez admettre qu'il existe, possiblement, un réel déploiement de votre existence (et non plus « seulement » d'attendre le christ, en vérité Descartes ré-instancie le christique absolument ; il faut que vous soyez libre pour librement vous tourner vers le christ, si vous êtes croyant ; le christique n'est pas une « adoration »). Ce qui sera suivi ensuite par la description de cet être intentionnel transcendantal spécifique (Kant) et de ses développements historiquement réalisés (Hegel, et ses deux phénoménologies).

Viendra ensuite le réel ; lequel consiste à matérialiser nos intentions ; ce qu'est le cadre général de cette réalisation ; la Constitution, la révolution ; d’abord comme humanisation puis comme personnalisation ; mais tout autant à obtenir une perception indéfiniment détaillée des réalités, l'accélération des sciences, techniques, des moyens de communication, la multiplication prolixe des images et des enregistrements et transmissions et cette soif de Voir ce que l'on Est. Le miroir incessant de toutes les images (au sens large, musiques, littératures, cinéma, photographie, etc).

L'autre nom du moment du réel est tout aussi bien la réal-isation (de toutes nos intentions dans le monde, le vécu et le corps), ou encore de concrétisation de toute la réalité, la matérialisation de nos intentions que les connaissances de toutes les réalités (objectivement). Au point de croire que le réel est cette réalité ; ce qui est vrai mais pas seulement ; il existe un reste qui n'est pas du monde et que l'on désigne comme étant le Bord du monde ; ce à partir de quoi on perçoit (et non pas seulement ce qui est perçu, que l'on tend à admettre comme seul existant, faussement).

De même plutôt que d'en rester à un sujet tel quel, on avancera dans la structure-même de ce sujet et dans son lieu, le « là », le monde (pour Descartes), la phénoménalité et le transcendantal (Kant), par lesquels ce sujet existe ; et on avancera soit imaginairement, Nietzsche et Heidegger, soit analytiquement avec Sartre et Lacan (les possibilités de structures du sujet, Sartre puis la structure interne en un corps vivant, qui souffre de ce qu'il soit un arc de conscience, ce qu'un vivant ne comprend pas du tout, Lacan).



Mais dans le basculement (qui file en droite ligne de Descartes ; qu'ici et maintenant le réel, l'ontologie, s'instancie et qu'il ne faut plus seulement attendre qu'au-delà elle soit) on s'amourache, se livre, s'abandonne à la réalité ; soit donc au monde-étendue qui est le « lieu » en lequel vit, respire le sujet.

Quelque réel (et non plus seulement quelque chose à partir d'un réel infiniment éloigné, dieu ou désormais reparti, le christ, qui nous libère la place pour ainsi dire ; « moi je m’en vais, débrouillez-vous, mais on se reverra ». si il s’en va, c'est pour nous donner à nouveau le monde, le vécu renouvelé et le corps purifié, le pardon remplaçant le jugement, par lequel on était toujours condamné et pécheur ; le pardon ouvre infiniment l’intention divine et nous rend à nous-même à condition que nous en soyons dignes ; le pardon ou « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé » veut dire « élevez-vous, élevez votre intention et vos intentionnalités, votre perception même comme je vous ai élevé le regard »)

Quelque réel donc se produit (depuis Descartes) ontologiquement dans le donné, le monde, le vécu (d'abord la structure du sujet, le se-savoir, puis ce sera le monde et l'humanisme, puis le vécu et le corps et la personnalisation ; que le sujet soit-ici veut dire qu'il est possible de vouloir et percevoir le monde tout entier et tout le vécu, ça n'est plus une salle d'attente pour l'au-delà ; c'est ici même). Ça n'est plus seulement la multiplicité et l'accidentel et le simplement mondain, mais le réel, au moins, d'un sujet ; le se-savoir se distingue de la connaissance ; qui était relative à la pensée, tandis que dorénavant la pensée est ramenée à une volonté et plus tard à un dispositif, kantien ; le sujet, dit transcendantal, déborde la seule pensée, s'étend à la perception, au jugement, à l'esthétique, à la décision, etc ; et ce jusqu'à Sartre qui reprendra la phénoménologie et considérera qu'il s'agit, la conscience, d'un ressort, d'une articulation instancié en un corps (avec toutes ses facultés, possibilités de vie, vécus, imaginaire, engagement, choix, invention de soi, etc), en une vie qui se transforme comme encore plus existante. Ou précédemment encore plus voulue, c'est l'effet-Nietzsche ou encore-plus angoissante, c'est l'effet-Heidegger.



Si l’existence de chacun effectue réellement une unité (qui est hors la pensée métaphysique, hors la scolastique, hors la théologie, hors donc l'universel) c'est que cette existence en sa structure est pareillement universelle (partagée par tout chacun) et universelle en un sens encore-plus-grand …

imposant cette logique que le réel tel que donné-là vaut en et par lui-même et que si dieu existe (et Descartes tient que oui) alors il est non le système-de-la-connaissance mais le système des libertés … ce qui est bien au-delà de tout ce que l'on imaginer.

Descartes a pleinement conscience que son dieu à lui entame une bien plus profonde et exigeante possibilité que le dieu-de-connaissance, et par ailleurs c'est pour cela aussi qu'il est un mathématicien et un savant ; la connaissance pour lui n'est plus limitative à la réalité qui rassemble toutes les réalités (le discours théologique, l'idée rassemblante de l’Être, introuvable)

mais que se présente là-au-devant toutes les réalités (sans aucune réalité-une qui unifierait les dispersions, Une-Réalité qui unifierait, on ne sait comment, les réalités). La réalité unique était assurée dans un discours (sur dieu et la métaphysique, confortés par la théologie formidable qui reprend toute la métaphysique grecque), mais les-réalités se répertorient dans des discours divers et adaptés à chaque domaine, tous possibles et séparés (les sciences et les mathématiques, sans parole, sans texte, sans notions, sans idées).

Mais si le sujet cartésien est structuré (de même que kantien et hégélien sous la forme du Savoir absolu, la conscience de soi de toute la conscience existante), le sujet sera ensuite réduit à son squelette ; un simple je que l'on n’interroge plus. Et c'est légitime ; la révolution n'institue pas un sujet de raison, mais un sujet rendu à lui-même capable non de penser (au sens de la connaissance et de la philosophie) mais capable de jugement, excessivement libre et autonome, souple et volubile.

Or un tel sujet minimum n'a plus affaire qu'au monde, au vécu et au corps ; et plie l'intentionnalité non plus vers le haut d'une grande stratégie (ontologique) mais selon un développement de toutes sortes d'intentionnalités dans le monde. Et se percevra, à tort, comme un donné-là comme tout autre donné-là. Déterminé (et ayant à seulement réaliser le bonheur de cet être déterminé, sa satisfaction uqi ne viendra jamais, ce qui ne veut pas dire que l'on renie la vie facilitée par les effets de la structure acquise, qu'ici et maintenant le sujet soit, mais ce sont des effets d'une cause et cette cause dorénavant oubliée et cherchant, à s'épuiser et éreintant le monde, les vécus (et les autres) et les corps, cherchant sa dimension introuvable selon le monde, le vécu et le corps).

Mais ainsi la « vérité » elle-même n'a plus d'épaisseur ; ce que l'on nomme vérité depuis le 18éme ce serait la réalisation de notre nature réaliste, mais justement ça n'est pas par là que nous existons. Et donc cette « vérité » de l'humanité, et de chaque moi, fut au contraire le fer de lance qui a pu anéantir la tension en supposant que l'on obtiendrait satisfaction, de même sorte que le corps est imaginé potentiellement, de par sa nature, comblé, épanoui, ou enfin « lui-même » ; ce qui n'est pas, ni ne peut être. Aucun corps vivant ne supporte de par lui-même la potentialité de l'arc structurel de conscience. Parce que l'être n'existe pas ; c'est l'existence, le mouvement, qui existe. Et le corps emporté par le mouvement se perd de vue.

Sans épaisseur, le mouvement peut s'analyser en tant que structure ; non essentielle, sans substance mais hyper active, activiste, la structure qui cause quantité d'effets et de possibilités, et ces possibilités constituent justement la réal-isation et l'humanisation puis la personnalisation. Le déploiement de tous les possibles à partir d’un sujet.

Lequel étant à la base de l'Intention (dieu, ou l'inverse est reconnu par le croyant, notre intention à l'image de l'Intention) et de l'universel (c'est un sujet qui pense, et comme la dite structure est hyper objective elle rend possible l'universel en tant que tel ; le sujet est un rapport, extensible infiniment par structure), semble en mesure de se passer de tout le reste ; la liberté est à elle-même son rond-point.

Ce qui serait tout à fait légitime, si cette structure continuait de se dessiner en tant que cadre absolu du réel en tant que sujet et si la Constitutionnalité des sociétés était respectée et non pas vendue à la corruption généralisée des intérêts du monde) ;

mais ouvrant la porte à toute l'étendue du monde, tout le vécu (et le relationnel), tout le corps, elle s'emplit d'immédiatetés et d'autant plus que cette fois il s'agit de sa propre activité et qu'il lui est nécessaire de s'y motiver, de s'y investir. Et cet investissement, idéalement, requérait de monter une méta-stratégie qui subsumerai les intentionnalités immédiates, de sorte à les médiatiser structurellement et que l'on puisse les organiser, mais c'est de cela même dont nous nous sommes révélés incapables. Incapables de créer une pensée, une réflexion, une réflexivité et donc une coordination de tous et de chacun ; une société industrielle, technique, hyper développée, soit elle se régule (et élabore l’intentionnalité adéquate à cette régulation) soit elle se laisse aller à toutes les facilités, qui sont aussi toutes les corruptions, dans les sens de morale et de dégradation, physiquement, énergétiquement, chimiquement.

De là que se soit imposé l'idée maîtresse de « désir » comme répétition ontologique de substitution ; mimant un naturalisme et un réalisme, alors que jamais ne fut observé un vivant animal égrener une telle sorte de « désir ». aussi la régulation aurait du s'effectuer comme réflexivité, et très réelle compréhension de notre être comme non pas donné-là, partie du monde qui trouvera sa satisfaction, mais comme autre-que le monde, le vécu et le corps et donc appelant une élaboration structurelle (et un surcroît par ex de Constitutionnalité des sociétés ou une hyper-psychologie, ou une vraie saisie intentionnelle de l'intentionnalité, hors desquelles compréhensions nous sombrons dans le donné et des intentionnalisations prisonnières de leurs propres réussites apparentes).



Ce que l'on va se donner comme représentation de soi, depuis que le moi s'est installé profondément comme l'essence même de l’humanisation, sa raison d'être, interprétée dans et par l’acquisition nouvelle du monde, du vécu et du corps (qui auparavant étaient médiés par la représentation religieuse, théologique, chrétienne puis une tentative de sujet réel) ; il y a une universalité humaine afin que chacun soit lui-même (ça n'est pas si évidement parce que le communisme pensait, en restant sur la position seulement universelle, que le genre humain se réalisait et non pas « chacun » ; de la liberté-égalité les anglo-saxons retiennent la liberté exclusive et les communistes, l'égalité) ; depuis l'installation du moi dans l’histoire donc celui-ci va considérer son « être », son identité comme seule réelle, et ainsi toute représentation signifiera à la fois sa réalisation (sans aucun doute) mais tout autant se tiendra comme signes du sujet.

Grosso modo la libération, les libérations tiendront lieu de révolution. Par ces libérations on « patientera » pour la révolution (cad la continuité de la restructuration via la Constitutionnalité des sociétés, par quoi la révolution n'est jamais terminée ; les français mirent 2 siècles pour aboutir à un État collectif et libéral à la fois, lequel est l'objet de toutes les attaques par la Domination libéraliste déchaînée et dégradante, dégradant tout, littéralement).

Ce qui permettra ou obligera à geler l’histoire ; impossible de révolutionner universellement si le réel est strictement assigné aux mois humains (et à la « nature humaine », fixée dans le donné et non pas libre en soi). Ce qui est évidemment en partie faux ; on n'a juste pas l’imagination ou la capacité organisationnelle pour réguler suffisamment cette débauche de libéralisme, qui finit par s'imposer envers et contre ses propres valeurs ; au lieu de consacrer la liberté personnelle on n'obtient qu'une liberté individuelle ; au lieu de la noblesse de la personne, on s'anime de désordres divers et variés.



C'est que la démocratie dépend fondamentalement des capacités ; ce qui est mis en jeu c'est l’indépendance, l'indépendance de chacun, moralement, éthiquement ou quel que soit le qualificatif ; on nommera ici par l'intentionnalité, impliquant que chacun est redevable d'une élaboration intentionnelle qui élève au lieu d'abaisser (dans de petits désirs, filialement agréables mais envahissants et à terme méprisables si la stratégie n'est pas tenue).

Si l'on succombe aux facilités et aux immédiatetés, alors on est jugé, par soi-même. Jusqu’au point de se perdre dans la noirceur. Ou la dépression ou toutes ces maladies que s'impose le moi si inventif quant à ses déboires.

Et au lieu d'une démocratie tenue par l’exemplarité, on descend dans les échanges injustes. Les intérêts du monde, qu’aucune éthique puis aucune morale ne viennent réguler (aucune stratégie intentionnelle, et aucune coordination générale de tous et de chacun), finissent par déchirer l'humanité et en premier lieu l’universel ; c'est que individualité (et donc la personnalisation) ne durent dans le temps que si elles conservent l'universel (l'universel de la révolution et l’universalisation des sujets, un par un). Sitôt que l'on oublie, annihile, répudie l'universel, les individualités se dégradent en bricolages, dont chacun voudrait recoudre le tissu, tel qu'il l'a rêvé et tel qu'il se mire dans des « images », et l'organisation glisse vers la mafia, brutale ou délicate mais mafieuse.

L'apparence pourra être préservée, mais la corruption envahir les moindres interstices (du droit, des échanges, des liens, des images, de tout).

Or cependant il ne s'agit nullement de refuser les Lumières, la révolution évidement, la raison, ni le moi ou que chacun ait accès à son vécu en propre. C'est juste que l'étage du dessus ne s'est pas développé. L'étage du dessus qui consistait en et par le sujet ; et au lieu de déchiqueter le moi en discours et images et pulsions, dépression et noirceurs diverses, que l'anthropologisation en cours (la personnalisation) soit organisée autour du sujet ; que chacun est non pas un moi, mais un sujet (schématiquement la Constitution, son sens, sa signification, son actualisation réelle et l'architecture du sujet seule destination réelle de tout « moi »).

Et pour se développer considérer le moi en tant que sujet c'est tout à fait autrement et autre chose ; le problème est absolument crucial. Le moi peut bien se libérer de ceci ou cela (et la plupart du temps il a raison), mais ça restera tellement limité qu'il n'accédera plus jamais à dieu, à l'universel, au sujet, à la révolution et au réel. Il sera juste tendu vers sa satisfaction et il y a un manque fondamental d'être dans l'incapacité de mener une stratégie réelle et articulée ; on se détériore physiquement, chimiquement, en plus d'intellectivement ou d’intellectuellement, parce que la satisfaction ça ne dit rien, ça dit « rien du tout », ça n'intentionnalise même plus ; de là que son mal, sa douleur soit dépressive, ça surgit immédiatement comme cessation de toute intentionnalité, il n'y a plus de désir, parce qu'il n'y a plus de manque, puisqu’on nous dit que ce sera une partie du monde, du vécu et du corps, alors que l'intentionnalité ne s'adresse pas du tout au monde, au vécu et au corps et dès lors que l'intentionnalité ne puisse plus intentionnaliser la jette dans non pas seulement le désespoir mais l’incompréhension structurelle effarante et annihilante.

De même on peut critiquer le solde historique des droits de l'homme ; à quoi sera utile le marxisme. Mais non pas la notion de droits de l'homme et du citoyen, sinon en cherchant à l’étendre. Or cette extension ne se dirigera pas vers un égalitarisme, qui supprime qu'il y ait des individus (et le peuple devient le parti investi de toute puissance et omniscience, dite « objective », scientifique socialisme). C'est supprimer le problème tel quel et donc ne pas le résoudre. Pour le résoudre il faut admettre l’individualisme et le réguler ; chacun fait ce qu'il veut, sauf à abaisser le niveau exigence ; on peut prendre un quelconque profit mais non pas que le profit soit la loi exclusive.



Et pour réguler ce profit il est rendu nécessaire de pénétrer les mécanismes, les mains dans le cambouis. Et réfléchir et non pas décréter la vérité dialectique ou historique ou communiste (organiser selon une vue de l'esprit universel qui ne peut pas supporter la complexité, tandis qu'à l'inverse de par le libéralisme échevelé c'est la complication livrée au monde qui détruit). Au lieu de quoi ce que l'on désigne comme « libéralisme » est juste un laisser-faire sans aucune réflexion, aucune prévision, aucune organisation ; on lâche la « nature humaine » sur le monde et on rend réel quantité d'intentionnalités sans aucune mesure et aucune compréhension, de leurs effets dans la réalité et en chacun des mois ; tout est déjeté, supprimant même que d'une part il existe une régulation méta (sur toutes les initiatives) mais y compris que chacun puisse retenir, réfléchir, analyser sa propres motivation, sa finalités, autant que ses effets.

Pour le dire autrement on ne peut pas décréter abstraitement et on doit se tremper dans le cambouis, parce qu'il faut élever le niveau civilisationnel... C'est non pas le tout ou « tous » mais chacun qui doit ou aurait du s'élever, produire une capacité intentionnelle (et donc aussi et d'abord une potentialité perceptive, l'intentionnalité ne commence pas par la « volonté » mais par la perception même, de là que cette perception soit enivrée, abrutie d'images et de sons dépenaillés depuis les années soixante).

Ce que l'on veut dire c'est qu'une réflexion interne à la structure de conscience, qui s'est laissée aller vers le monde, n'a jamais eu lieu. Nous sommes restés stupéfaits devant les-effets de la structure (qui remonte antérieurement à tout monde et est capable de détruire tout monde), incapables de maîtriser l'arc de conscience, réinstancié depuis Descartes ici même et face au monde, au vécu (et au relationnel) et au corps : débordés par les-effets ils se sont refermés sur nous.

Pour contrôler cet enthousiasme il fallait entrer plus avant dans la conscience de la conscience, réguler l'arc de même que dieu, l'universel et le sujet (Descartes et Kant et Hegel s'utilisent à cette fin, mais aussi Husserl, Sartre et Lacan) ouvraient ; le champ de l'architecture de cet arc, les lignes de ce mouvement, les dépliements du Bord.

Et ce fut impossible puisque nous ne sommes pas parvenus pas à saisir le point d’attirance qui nous indiquait que la satisfaction ne se trouverait pas dans le monde, le vécu et le corps (ce en quoi cet arc s'est enferré en métamorphosant sans répit les réalités en désirs et images) mais bien en un point en dehors du monde, du vécu et du corps.

Point d'attirance que signifiaient dieu, l’universel, le christique et le sujet, et le réel comme « on en est saisi » bien plutôt que de le saisir avec des doigts gourds, bêtement, lourdement et sans intelligence, sans l’élévation de toute la structure intentionnelle. Rien de ce qui s'emprunte du monde, du vécu ou du corps, ne peut réunir les arcs structurels de conscience (mais les intérêts du monde toujours les diviseront) ; il faut que cette coordination se tienne de l'élaboration même de leur dimension, que l'on puisse se percevoir d'en-haut, du Bord, de l'extrémité de tout monde, de tout corps.

Source: http://zward.over-blog.com/...