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24
Mar 2010

Péricles

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Péricles
Homme politique athénien. En grec Periklês. L' Athénien Périclès a donné son nom à un «siècle» non pas tant par ses talents géniaux d'homme d'Etat, et surtout d'homme politique, que grâce à la durée tout à fait exceptionnelle de sa prééminence politique dans la démocratie athénienne, alors parvenue à son apogée.

Entre la fin de la deuxième guerre médique (479) et le début de la guerre du Péloponnèse (431), pendant les quelques décennies au cours desquelles sont définitivement fixées les lois démocratiques, la figure de Périclès personnifie la gloire et la puissance de sa cité. On assiste à l'embellissement grandiose de l'Acropole et de l'Agora d'Athènes, l'art grec classique atteint son apogée et, surtout, l'hégémonie attique s'impose dans la mer Egée, à tel point que la ligue de Délos, confédération formée pour lutter contre les Perses, prend la forme d'un empire athénien. Cependant, le destin historique de Périclès est lié aux erreurs qui entraîneront Athènes et, avec elle, toute la Grèce dans les désastres d'une guerre sanglante et interminable, la guerre du Péloponnèse (431-404) : Athènes contre Sparte.

Un citoyen hors pair
Périclès semble prédestiné dès sa naissance à un rôle de citoyen hors pair. Membre par sa mère de la grande famille aristocratique des Alcméonides, qui domine la vie politique depuis qu'elle a chassé le tyran Hippias, il est le fils du stratège Xanthippos, le vainqueur de la flotte perse au cap Mycale, et d'Agaristê, la nièce du grand Clisthène, fondateur de la démocratie athénienne. Le jeune Périclès doit à la richesse de sa famille d'avoir pour précepteurs des philosophes aussi illustres que Zénon d'Elée et Anaxagore. Ce dernier, en particulier, donnera à Périclès la trame de sa pensée politique en professant que l'esprit (le noûs) doit inspirer un homme, lequel à son tour doit inspirer une cité, puis la Grèce entière contre les Barbares ( les Perses).

Périclès fera son apprentissage d'homme d'Etat aux côtés d'Ephialtès, chef du parti démocratique, qui s'attaque aux derniers privilèges de l'oligarchie en réduisant les pouvoirs de l'Aréopage. Après l'assassinat d'Ephialtès par des partisans de l'oligarchie (v. 461), Périclès s'employa aussitôt à compléter son �uvre, en prenant la direction du parti démocratique opposé à Cimon. Instigateur de réformes visant à octroyer la souveraineté à l'ensemble des citoyens, il institua le graphê paranomôn, sorte de recours constitutionnel, en cas d'illégalité, autorisé à tous les citoyens, et surtout la misthophorie, indemnité versée aux citoyens pour leur participation aux institutions : boulè (Conseil) ou héliée (tribunal populaire). En 451, Périclès limita la citoyenneté aux seuls enfants de père et de mère athéniens, pour éviter que les métèques, de plus en plus nombreux et attirés par le rôle économique d'Athènes, ne bouleversent à la longue une démocratie fondée par de petits propriétaires paysans; il mit fin à l'opposition de l'oligarchie - dont le plus illustre représentant, Thucydide, fut frappé d'ostracisme.

Le constructeur de l'Empire athénien
C'est alors que Périclès commença de s'opposer vigoureusement à la politique du stratège Cimon, qui avait conduit Athènes à des expéditions risquées à Chypre et en Egypte, aventures dont les désastres furent réparés à grand-peine. Cimon mourut au cours de l'ultime expédition, la paix fut enfin conclue avec les Perses, assurant l'hégémonie d'Athènes en mer Egée (449), et Périclès put faire triompher sa politique extérieure : Athènes allait imposer son hégémonie à la Grèce entière, grâce à la maîtrise de la mer, Périclès poursuivant ainsi l'oeuvre de Thémistocle, le vainqueur de Salamine et le constructeur des Longs Murs (enceinte d'Athènes et de son port). Périclès, clairvoyant, comprit que cette hégémonie devait reposer sur la prospérité et sur la paix. Athènes, épuisée par trente ans de guerre contre les Perses et affaiblie par ses revers en Asie Mineure, mit fin aux guerres locales suscitées par Sparte en traitant directement avec celle-ci ; elle renonça à Mégare et au Péloponnèse, à l'exception d'Egine et d'Eubée qui lui étaient cédées (446).

Pendant les quatorze ans qui séparent cette trêve de la grande guerre contre Sparte, jugée inévitable par Périclès, celui-ci va être le principal constructeur de l'Empire athénien. Principal artisan de l'impérialisme athénien, Périclès commençe par imposer son protectorat sur les alliés de la ligue de Délos, et ramène le trésor confédéral à Athènes, sur l'Acropole (454) - les gardiens et gestionnaires (les hellénotames) étant tous des Athéniens ; aussi Périclès, responsable officiel des travaux publics, peut-il utiliser ce capital pour embellir la cité ; cela suscite le mécontentement de ses alliés et la révolte de l'Eubée (446) et de Samos (440), écrasée par une expédition que Périclès dirige personnellement.

Byzance s'insurgea également ; la révolte fut dominée, et Byzance devint la sujette d'Athènes. Contrôlant les détroits, Périclès implanta des colonies sur la mer Noire (Sinope, Amisos) en Thrace, en Chalcidique ; en Sicile, il contracta des alliances contre Syracuse.

Jouissant d'un immense prestige grâce à ses succès, utilisant au mieux des talents exceptionnels d'orateur qui l'ont fait surnommer « l'Olympien », bravant les critiques qui lui reprochaient son concubinage avec la Milésienne Aspasie, obtenant de l'Assemblée la possibilité d'enfreindre les lois qu'il avait lui-même édictées (la citoyenneté est accordée au fils que lui donne Aspasie), Périclès est alors sans conteste le « prostate » de la cité, son dirigeant non élu ; sans cesse réélu pendant quinze ans à la charge de stratège, il est celui dont l'avis prévaut.

Sparte contre Athènes
La puissance qu'il avait su donner à Athènes menaçait d'étranglement ses concurrentes sur mer, Corinthe et Mégare, qui finirent par arracher aux Spartiates et aux Béotiens la déclaration de guerre après l'intervention d'Athènes dans le conflit de Corcyre : Athènes et Corcyre s'étaient alliées, l'une dominant la mer Egée, l'autre la mer Ionienne. Périclès, ayant repoussé les ultimes ambassades spartiates, ne fut pas surpris de voir les Péloponnésiens envahir l'Attique, en 431. Refusant le combat terrestre avec les Spartiates, invincibles sur terre, il voulait vaincre par la mer. Il mit donc la population de l'Attique à l'abri des Longs Murs. Cette décision eut des conséquences catastrophiques. L'Attique fut ravagée ; les petits paysans assistèrent, du haut des remparts, à l'incendie de leurs biens ; un pilier de la démocratie s'effondrait. Le refus de combattre rendit Périclès si impopulaire qu'il fut mis en accusation : il devait rendre compte de l'utilisation des « fonds secrets » de guerre. Rappelé dans ses fonctions la même année, il mourut peu après dans l'épidémie de peste qui ravageait Athènes enfermée dans ses murs.

Avec la mort de Périclès se terminait le temps de la splendeur, le temps où Athènes fut, selon l'orgueilleuse expression que Thucydide prête à Périclès, « l'école de toute la Grèce ».

«Le siècle de Périclès»
« Nous aimons une beauté simple » : ces mots que Thucydide prête à Périclès résument parfaitement l'idéal du grand homme d'Etat athénien dans le domaine des arts. Cet idéal trouva une application immédiate dans la nécessité de parfaire la reconstruction d'Athènes (laissée en ruine au départ des Perses en 479 av. J.-C.), entreprise par Thémistocle et Cimon, qui avaient paré au plus pressé en entourant la ville d'une enceinte fortifiée.

A peine la paix de 449 était-elle conclue avec la Perse que Périclès fait édifier sur la plate-forme du Pyrgos, à l'ouest de l'Acropole, le temple d'Athéna Nikê (« Victorieuse »). Il s'assura ensuite de la collaboration du grand sculpteur Phidias, des architectes Callicratès et Ictinos pour mener à bien la partie la plus ambitieuse de son programme : l'aménagement de l'Acropole. Rendue plus accessible par une nouvelle route comportant un embranchement qui menait à l'éperon rocheux du Pyrgos, la citadelle de l'ancienne Athènes, perdant son caractère de forteresse, fut dotée de monuments nouveaux : le Parthénon, les nouveaux Propylées (conçus et réalisés par Mnésiclès de 437 à 432), le nouvel Erechthéion (421-406), avec sa célèbre tribune des Cariatides.

Sur le flanc méridional de l'Acropole, Périclès fit entreprendre, en 445, la construction de l'Odéon, l'une des plus belles salles de concert du monde grec, achevée vers 443. A l'endroit où fut bâti cet édifice, détruit par un incendie en 86 av. J.-C., on a retrouvé des ruines appartenant à une construction qui, très vraisemblablement, respecte le plan originel. Situés comme l'Odéon en dehors du complexe architectural de l'Acropole, les temples d'Héphaïstos (449-444) et d'Arès (440-436), au nord-ouest de l'Agora, ont été eux aussi érigés sur l'initiative de Périclès, qui ajouta bientôt à ses réalisations de prestige de grands travaux d'utilité publique : la construction des Longs Murs et l'édification de la nouvelle ville du Pirée. Les Longs Murs avaient pour fonction, en réunissant Athènes au Pirée, de faire de l'ensemble formé par la cité et son port une sorte d'îlot artificiel imprenable. Mégare et Callicratès furent les architectes de cet imposant système défensif commencé vers 461 et achevé en 443-442.

Hors d'Athènes, à Eleusis, Périclès décide la reconstruction du Telestérion, ou temple des Mystères, confiée à Ictinos, Coroïbos et Xénoclès. Au cap Sounion, il fit ériger les temples de Poséidon (444-440) et d'Athéna. A Rhamnonte, autre petite ville de l'Attique, on commença les travaux de construction du temple de Némésis (436-432), édifice qui ne fut jamais achevé : la guerre du Péloponnèse interrompit les travaux, ainsi que pour les Propylées et l'Erechthéion.

Assez curieusement, Périclès, qui eut largement recours à Phidias et à ses plus brillants élèves, Alcamène et Agoracrite, aussi bien qu'à Crésilas (actif vers 440-430), auteur présumé du buste par lequel nous connaissons les traits de l'homme d'Etat, n'a jamais fait appel à Myron (actif vers 450-435), le sculpteur du Discobole, jugé peut-être trop réaliste, trop loin de la « beauté simple ».

Les oeuvres de l'historien Hérodote, des philosophes Anaxagore, Protagoras et Socrate, des poètes tragiques Sophocle et Euripide témoignent, parmi d'autres, que le « siècle de Périclès » fut l'époque la plus brillante de l'histoire athénienne et grecque.

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     Deskyo