Mikhaïl Bakounine : « Le suffrage universel n'est qu'un leurre et un odieux mensonge »
En apparence, par le vote, c'est le peuple qui gouverne. Mais il reste dominé par la classe bourgeoise : c'est l'illusion centrale de la démocratie qu'entend dénoncer l'anarchiste russe Mikhaïl Bakounine.

En vous rendant aux urnes, vous avez sans doute été gagné par le sentiment euphorisant d'appartenir à une communauté nationale qui accordait du prix à votre vote. En sortant de l'isoloir, à moins d'avoir voté blanc, vous avez même peut-être eu l'impression encore plus gratifiante d'appartenir à une communauté d'idées et de valeurs. En tout état de cause, vous avez nourri l'espoir que votre voix serait entendue.
Pourtant, nul besoin de souscrire aux thèses anarchistes du penseur russe Mikhaïl Bakounine pour être déstabilisé par le lourd soupçon qu'il fait peser sur le suffrage universel. Selon lui, « le suffrage universel, considéré à lui tout seul et agissant dans une société fondée sur l'inégalité économique et sociale, ne sera jamais pour le peuple qu'un leurre ; de la part des démocrates bourgeois, il ne sera jamais rien qu'un odieux mensonge, l'instrument le plus sûr pour consolider, avec une apparence de libéralisme et de justice, au détriment des intérêts et de la liberté populaires, l'éternelle domination des classes exploitantes et possédantes ».

Bakounine dénonce l'illusion selon laquelle chacun croit librement élire des représentants qui, précisément, le représenteront ; c'est la mystification par laquelle les gouvernants se prétendent dépositaires d'une hypothétique volonté populaire qu'ils ne font en réalité que confisquer à leur profit. Comment d'ailleurs espérer qu'il en soit autrement ? Les élus et les électeurs appartiennent à des mondes imperméables l'un à l'autre : « La classe des gouvernants (la bourgeoisie) est toute différente et complètement séparée de la masse des gouvernés. » Les aspirations du peuple sont par nature impénétrables à un bourgeois conditionné par son milieu.
Une fois passées les périodes électorales, qui fournissent l'occasion aux candidats de faire « la cour à Sa Majesté le peuple souverain » en déployant toutes les ressources de la séduction, chacun vaque ensuite à ses occupations : « Le peuple à son travail, et la bourgeoisie à ses affaires lucratives et à ses intrigues politiques. » Une fois le pouvoir conquis, l'heure n'est plus aux promesses mais au réalisme. L'exercice du pouvoir s'accompagne inévitablement de changements de perspective parfois radicaux. Ainsi, les candidats les plus révolutionnaires « deviennent des conservateurs excessivement modérés dès qu'ils sont montés au pouvoir ». Et le peuple ne manque pas d'accuser de traîtrise des hommes dont l'accès au pouvoir a simplement altéré la perception du réel.

La seule façon de rendre la démocratie vraiment représentative consisterait à donner les moyens au peuple d'exercer un contrôle effectif sur les élus. Ces derniers devraient être contraints d'agir ouvertement et publiquement, de se soumettre à la critique populaire et être révocables à tout moment. Mais Bakounine souligne lui-même les difficultés liées à l'exercice d'un tel contrôle populaire : celui-ci exigerait que le peuple ait le temps et l'instruction nécessaires pour étudier les lois et les programmes qu'on lui propose : « Il devrait se transformer en immense parlement en plein champ. » Or, comme il n'en a ni le loisir ni la compétence, il s'en remet au savoir discrétionnaire de l'élu. Ainsi, le système représentatif « a besoin de la sottise du peuple et il fonde tous ses triomphes sur elle ». Voilà pourquoi la scène électorale est un lieu mensonger et condamné à le demeurer. Voilà aussi pourquoi, en sortant du bureau de vote, vous étiez peut-être, déjà, secrètement désenchanté.

Source: http://www.philomag.com/...
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